Aucun témoin,aucune preuve,et deux récits diamétralement opposés de la même scène survenue dans le bureau du directeur de Saint-Jean-de-Passy,le 3 février 2021. Vincent (le prénom a été modifié),alors âgé de 14 ans et élève en 4e dans ce prestigieux établissement catholique privé du 16e arrondissement de Paris,accusait le directeur,Daniel Chapellier,de lui avoir imposé des attouchements lors d’un tête-à-tête consacré à ses problèmes de comportement – la question de son exclusion se posait. « J’ai l’impression d’avoir marchandé mon corps pour pouvoir rester à Saint-Jean-de-Passy »,avait dit le jeune garçon à ses parents le soir même.
De son côté,le directeur,âgé de 75 ans,niait en bloc,et accusait l’élève d’avoir inventé toute cette histoire,car,sur la sellette et lesté d’un dossier défavorable,il savait qu’aucun autre établissement de qualité ne l’aurait accepté sans ce « mensonge ». Au contraire,c’est même Vincent qui,lors de ce rendez-vous dans son bureau,l’aurait provoqué,lui aurait montré son sexe,et lui aurait dit : « J’aimerais que vous me suciez. » « Ça paraît énorme,mais ce n’est que la vérité »,avait promis Daniel Chapellier,lors de la première journée d’audience devant le tribunal de Nanterre,le 21 mai.
« Je vous le dis tout de suite,M. Chapellier,le tribunal a considéré que la version donnée par Vincent était plus vraisemblable que la vôtre,a asséné,au moment du jugement,la présidente Céline Ballerini,chargée de conduire cet épineux procès qui s’achevait vendredi 6 juin. Quelque chose s’est passé [dans ce bureau],nous n’étions pas là,mais dans la mesure où nous avons deux versions radicalement opposées,le tribunal fait siennes les explications de Vincent. »
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